Je couds ou plutôt j’essaie de coudre ma lingerie…

Voila un article que j’ai écrit sur une longue période de temps, si vous me suivez un peu vous savez que j’aime vous raconter mes histoires de couture plus que faire des revues de patron. Dans cet article, je vais parler de plusieurs patrons de lingerie que j’ai essayés, mais surtout je vous raconte mon cheminement à travers la question de coudre sa lingerie. Attention roman-fleuve!

Il y a bien longtemps que j’ai envie de coudre ma lingerie, maintenant que j’y pense je dirais que cela fait des années, aussi bien par curiosité que par souhait d’être capable d’assurer moi-même le renouvellement de ma garde robe dans sa totalité et d’arrêter de dépendre des industries de la fast-fashion.

Mais voilà le temps n’est pas extensible, d’autres projets ont été plus importants à mes yeux et c’est donc cette année en 2019 que je me lance : ayant plus de temps à y consacrer avec ma reconversion pro en cours et sous l’impulsion d’une promotion en février chez une Nuantine, qui a sorti quelque temps avant un kit de soutien-gorge pour poitrine généreuse!

L’expérience des soutiens-gorge :

Le Kit Nueuse chez NUANTINE

Dans le commerce j’achète du 105/110-E/D (selon les marques et sans vraiment savoir ce que cela signifie), je constate que cette taille est dispo pour le kit NUEUSE! JOIE !

Après réception du kit à la maison, je m’attelle à la tache de décalquer le patron: et là première bûche sur ma route! Les équivalences de tailles de soutien-gorge c’est compliqué!!! enfin, pas quand on a compris le truc , mais quand on a pas compris… A ce moment précis, j’ai l’impression d’essayer de résoudre de la physique nucléaire !

Ma version de Nueuse

Bon, il faut dire que comme d’habitude, je me suis jetée dans l’affaire sans aucune préparation, sans connaissances et le kit Nuantine est très concis! Dans un souci de ne pas imprimer trop de pages et de limiter au strict mini la composition du kit (ce que je trouve tout à fait louable), Nuantine propose de s’en remettre à une gamme de montage en ligne. Cette gamme elle même fait référence à des articles de blog applicables à tous les modèles, ce qui encore une fois parait parfaitement logique quand on y pense. Sauf que, quand c’est la première fois qu’on veut coudre un soutien-gorge et qu’on se retrouve avec 1) le patron qui donne des infos qu’on ne comprend pas 2) la gamme de montage 3) enfin plusieurs articles de blog à lire et à comprendre avant de se lancer : tout d’un coup la montagne semble être infranchissable.

Au bout de plusieurs lectures des articles de blog, je finis quand même par comprendre le système des tailles (que je ne vais pas m’aventurer à expliquer ici), je bute sur un détail de marge de couture, je contacte la créatrice qui éclaire ma lanterne et je décalque mon patron! OUF !

Je me lance dans la coupe de mes pièces : là, petite déception du kit, je n’ai pas assez de doublure pour le bonnet que je découpe: je décide d’en mettre une quand même mais en diminuant la largueur ce qui ne devrait rien changer. Je finis donc par entamer la montage, là détail plutôt cool : il y a une vidéo du pas-à-pas sur le site ce qui facilite énormément la vie! Le montage se passe bien, mes coutures ne sont pas parfaites et je tire un peu trop les élastiques, mais étant donné les matières que j’utilise je préfère garder les imperfections plutôt que de risque d’abîmer les étoffes en décousant.

Arrive le montage des bretelles et là, nouvelle déception : la vidéo du pas-à-pas zappe cette étape en précisant qu’elle est décrite dans une autre vidéo et qu’un article lui est dédié… . Si je n’en avais pas encore la certitude, là j’ai franchement l’impression d’être dans les 12 travaux d’Asterix à chercher le laisser-passer A38… Mais rien ne sert de s’énerver, je cherche, je trouve et je continue. Sauf que là je me rend compte que dans le kit, je n’ai pas assez d’élastique à bretelles, il me manque environ 15 cm pour faire les choses comme décrites dans le fameux article dédié … j’aurais pu faire des bretelles plus courtes, mais avec le risque que le soutien-gorge ne soit pas portable, je décide plutôt de miser sur un rajout d’un autre morceau d’élastique équivalent ; quitte à ce que l’esthétique en prenne un coup. Et puis je finis mon soutien-gorge sans problème à partir de la.

Les derniers soucis arrivent à l’essayage : au niveau du tour de poitrine on est plutôt très bien, voire large, par contre le bonnet est clairement beaucoup trop petit. Là pour le coup c’est entièrement de ma faute, je n’ai pas bien pris mes mesures. Je pense que j’ai potentiellement été trop lâche sur la mesure de sous-poitrine et que j’ai peut être trop serré le mètre ruban sur le tour de poitrine . Si de petites largesses de mesures ont peu d’impact sur un vêtement, pour la lingerie il faut surement être beaucoup plus rigoureux pour avoir un fit parfait et ne pas faire “d’à peu près”.

Avant de passer à la suite je tiens a préciser que j’ai fait part à la créatrice des manques de mercerie dans mon kit car il s’agissait de données quantifiables, je n’ai pas eu de retour à ce sujet. Concernant la structure qu’elle a choisi pour son site et pour les gammes de montage de ces produits, je me permets d’apporter mon ressenti de l’expérience que j’ai vécue, mais cette évaluation reste personnelle et je ne remet pas en doute les compétences de la créatrice dans son métier.

Au global je juge quand même l’expérience positive : peut être qu’il y a eu des embûches, peut être qu’il n’est pas a ma taille mais j’ai quand même cousu un soutien-gorge en entier, et le rendu a plutôt de la gueule! Je décide donc de ne pas m’arrêter là et de faire une autre modèle : la brassière Cassiopée de Eclipse Lingerie que j’avais adorée chez Couture & Clo et que j’avais bien l’intention de m’approprier.

La brassière Cassiopéé , Eclipse Lingerie

En étant plus rigoureuse : mesures prises plus près du corps sous la poitrine et un peu plus large au dessus de la poitrine et la c’est le coup de massue (comme au début en couture en fait) : je suis hors tableau, en théorie on est sur un 115 F / E , sauf que le 115 F il n’existe pas dans le barème du patron.

Sur le moment je vous le dis franchement, j’ai envie de pleurer, marre de se sentir comme le monstre hors tableau et d’être obligé a chaque fois de ruser pour trouver des solutions, de bidouiller pour avoir un truc qui me va. Bref le but ici n’est pas d’épiloguer sur ce sujet même si cela mériterait qu’on le fasse.

Bon, je ne me suis pas arrêtée ( plutôt têtue la fille !) et j’ai entamé la couture d’une brassière dans la taille la plus grande du patron en utilisant des chutes et des articles de mercerie récupérés sur d’anciens soutiens-gorge. Pour le coup, la réalisation en elle-même de la brassière se passe très bien, c’est beaucoup plus simple que le soutien-gorge et très bien expliqué donc aucun problème de ce coté. La finalité elle, n’est pas ce que je m’imaginais : la brassière est bien trop grande!

Ma première Cassiopée

Décidément les tailles de soutien-gorge et moi on ne se comprend pas !!

Qu’a cela ne tienne, j’ai encore des chutes de jersey : je tente une version plus petite et là : Oh miracle, on y est, j’ai réussi a faire une brassière à ma taille et confortable. Alors soyons clair étant donné ma morphologie, le maintien n’est pas ce qu’on peut avoir avec un soutien-gorge à armatures, mais quand même, pour être en mode décontracté à la maison c’est vraiment pas mal du tout et j’adhère complètement.

Premier objectif atteint mais je ne suis pas encore au bout de mon projet, La brassière Cassiopée est très bien, je la porte régulièrement depuis qu’elle est cousue, mais elle est construite de sorte qu’elle monte haut au niveau du décolleté, elle n’est donc pas compatible avec beaucoup de mes tops. Il me faut trouver un autre modèle.

Cassiopée et Billie

Soutien-gorge TESS, Je Fais Mes Dessous

Plusieurs mois s’écoulent pendant lesquels je profite de ma nouvelle brassière et je prend gout à l’absence d’armatures: c’est décidé : plus d’armatures pour moi ! En cherchant d’autres modèles à essayer je me rend vite compte que l’offre n’est pas délirante en terme de quantité sur le marche du patron de lingerie et surtout que comme pour les vêtements ; l’offre ne concerne pas toujours toutes les tailles…

Je finis après quelques semaines par me décider à commander le livre “Je fais mes dessous” de Barbara Vidal. Avant de parler du seul modèle que j’ai testé, je trouve que le livre est très bien fait, il explique en détails les techniques de coutures de la lingerie et est très complet. C’est d’ailler dans ce livre que je trouve pour la première fois de vraies recommandations sur le choix des matières premières et notamment des élastiques à utiliser afin d’obtenir un résultat optimal, surtout avec les poitrines généreuse.

J’ai choisi dans le livre le modèle TESS sans armatures, encore une fois je prend mes mesures et je compare aux tableaux des tailles et ENCORE une fois je ne me retrouve dans …rien… le livre annonçait pourtant aller jusqu’au bonnet F : oui mais le tableau des tailles n’est pas le même que celui des deux autres marques que j’ai testé et en fait c’est trop juste pour moi!

Tess version décomposée

En écrivant ces mots je me rend compte que j’ai vraiment une grande capacité de résilience, car là encore, je décide de tracer un semblant de gradation du patron en faisant une taille au dessus de la plus grande disponible, pour tester le modèle quand même.

Je vous le donne en mille : le soutien-gorge est trop grand et comme j’ai utilisé des élastiques légers pour cette “toile” je ne peux même pas le porter en mode décontracté à la maison.

TESS

L’expérience des petites culottes

En parallèle de tout ça, j’ai aussi tenté les patrons de la culotte Paoli de Petit Patron et du shorty Billie d’Eclispe Lingerie.

Pour faire court (car j’ai l’impression d’écrire un roman), dans les 2 cas le premier essai s’est soldé par un échec niveau taille. A chaque fois, j’ai cousu un premier jet trop grand pour moi et j’ai fini par faire la taille en dessous de celle préconisée par le tableau car je m’était fiée à la mesure des hanches et j’aurais mieux fait de prendre celle du bassin qui est une taille en dessous chez moi.

Cassiopée en XL : c’était bien suffisant !

Pour Paola, je ne suis pas allée au delà de la première cousette, problème d’incompatibilité de forme avec ce que je souhaitais, le modèle est trop taille basse pour moi et la version taille haute, pour le coup, me remonte beaucoup trop dans le dos.

Pour Billie, le modèle une taille en dessus est la réussite pour moi, j’en ai plusieurs que j’aime bien et cela me permet d’utiliser des chutes de jersey. J’en referai à l’occasion. Mon seul regret réside dans la qualité des élastiques que j’ai trouvé en mercerie et qui ont tendance à être lâches et à ne pas très bien se tenir (oui voila, j’ai tendance à perdre ma culotte quoi!!).

Le bilan

  • En dehors de la déception sur la qualité du kit Nueuse, et de incompatibilité de forme entre Paola et Moi, Je recommande sans réserve les patrons d’Eclipse Lingerie que je referais à occasion (quand j’aurais des chutes à solder) et surtout je conseille l’achat du livre “Je fais mes dessous” à qui veut se lancer en lingerie avec un panel complet d’explications et de patrons.
  • Sur tous mes 1er essais j’ai eu des échecs pour les tailles, je ne met pas en cause les patrons mais j’ai réalisé que quand on a pas une morphologie standard, on ne peut s’attendre à obtenir quelque chose de réussi en se fiant a un tableau applicable a 90% (valeur totalement subjective) des personnes. Et puis comment faire pour prendre correctement son tour de poitrine avec sur soit un soutien-gorge dont on n’est mémé pas sur qu’il soit à notre taille sachant que la prise de mesure sans sous-vêtement n’est pas envisageable en l’absence de fermeté “localisée” … ouais je sais pas trop comment dire mais vous voyez le problème…
  • Le livre de Barbara m’a fait mettre le doigt sur un problème fondamental, je pense, de ma situation : le choix des matières ! Pour pouvoir réussir, il me semble indispensable d’avoir les élastiques qui conviennent et clairement, ça n’était pas le cas et je doute de pouvoir en trouver qui correspondent à mon souhait de maintien.
  • Coudre sa lingerie prend énormément de temps pour, peut-être, ne jamais arriver à un résultat dans lequel je serai 100% a l’aise étant donné le problème des matières. Et j’ai aussi de moins en moins de temps à y consacrer au fur et à mesure de l’avancée de mon projet pro.

Qu’est ce qu’on décide?

Concernant mon objectif d’être autonome sur la confection de ma lingerie : j’ai clairement décidé d’abandonner. Mais sans frustration, ni rancœur. Je reste avec l’idée que je m’étais lancée et entêtée sur une piste qui n’était pas faite pour moi. C’est à se demander si ce que j’avais pris pour de la résilience n’était pas plutôt une façon de m’enfermer dans une boucle ou je rejouai systématiquement la grande scène de l’échec.

J’ai décidé de sortir de la boucle et j’ai finalement ressenti une grande libération. A trop vouloir être comme tout le monde et dans la norme, j’en avais oublié les besoins spécifiques de mon corps tel qu’il est aujourd’hui et je me demande si je me serai obligée à porter des pièce dans lesquelles je ne me sentais pas super à l’aise juste pour dire que je portais du fait main.

Finalement, je suis retournée en boutique spécialisée, une petite mercerie de centre ville qui fait aussi de la lingerie et pas une enseigne de fast-fashion :

  • J’ai acheté des soutiens-gorges et des culottes d’une marque bien connue et d’une qualité qui, je pense, fera que je n’aurais pas en à racheter tous les 6 mois.
  • J’ai découvert avec plaisir qu’il existe des soutiens-gorge sans armatures à ma taille et avec une tenue et un galbe sans pareil.
  • Et surtout, j’ai appris qu’on ne peut pas être parfaite et que la joie réside parfois dans le fait de lâcher prise.

Et vous, il y a des projets dont vous devriez vous libérer ?

6 commentaires sur “Je couds ou plutôt j’essaie de coudre ma lingerie…

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  1. Je pensais juste te conseiller la designer « House Morrighan » sur Etsy pour des dessous pour tailles « pulpeuses ». Sinon j’ai testé 3 ou 4 patrons de culotte et boxer pour Étoffe Malicieuse et ses patrons sont super😊

  2. Moi je serai curieuse de la marque sans armatures avec un maintien au top 😇
    J’ai super envie de me lancer dans la lingerie mais clairement j’ai une taille plus que généreuse de ce côté là
    Je vais regarder le bouquin dont tu parles, merci

    1. Bon en même temps je côté bien les marque de patron je vois pas pourquoi je ne dirais pas tout😜 : il s’agit de la marque Triumph !
      J’espère que tu trouveras ton bonheur 🙏❤️

  3. Merci Charlotte pour cette article. Très instructif !
    Et lire un tableau des tailles et ne pas être dedans… encore une fois…
    Ça fait du bien de voir qu’on est pas seule à vivre ça.

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